J’ai publié un livre sans rien connaitre au monde de l’édition.

Juin 2024. Je suis en Auvergne, près d’Ambert, dans une petite maison de vacances au milieu de nul part avec ma mère, sa belle famille et ma petite soeur alors âgée de 3 mois. Je ne sais pas trop pourquoi j’ai accepté de faire ce voyage avec eux. C’est la fin de ma deuxième année d’études supérieure au CAFEDanse, et je viens de me faire larguer.

La forêt en Auvergne est assez spectaculaire. En tout cas ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été dans une telle nature. Le calme était presque assourdissant. Le petit hameau de maison, les intérieurs en bois, et la famille autour du nouveau né. J’ai trouvé à ce moment là une paix intérieure qui m’as permise de faire le bilan, de ce qui au final était une évidence: j’étais prête à créer mon premier ouvrage.


L’écriture à toujours fait partie de ma vie. Enfant, j’écrivais histoires et contes, qui se sont fait chansons et poèmes à l’adolescence. Il était temps d’en rassembler les meilleurs textes et de commencer à composer un recueil. J’ai tout de suite voulu faire de ce premier ouvrage une sorte de carte de visite. Je souhaitais montrer la palette des choses qui m’inspirait et sur lesquelles j’écrivais naturellement : la Nature, le Deuil, l’Amour (aussi douloureux soit-il), le Monde, l’Art. Et une fois la machine lancée, le projet a pris vie. J’ai fini de composer le recueil pendant l’été, remplie de nouveaux élans et de nouvelles inspirations. Il m’as paru assez évident aussi d’y ajouter des illustrations, dans l’optique de créer un objet personnel complet. Alors sur les plages de Nice, j’explore la tablette graphique de ma grande soeur et crée quelques dessins sous le soleil.


Le nom du projet m’apparaît aussi comme une évidence. Les poèmes que je stockaient jusqu’ici dans les « notes » de mon iPhone étaient placés sous l’entête « Random poetic writting » (les nouveaux arrivés le sont d’ailleurs toujours). Alors il a suffit de traduire en français pour trouver : Aléatoirement poétique. Une suite de poèmes aléatoire, un jongle d’un sujet à l’autre sans explications, si ce n’est que me voilà. Voilà qui je suis (plus ou moins) et ce que j’ai écris jusqu’ici.



Alors voilà la partie facile de faite. Maintenant reste à comprendre à quoi ressemble la suite. C’est quoi publier un livre ? Qui publie les livres ? Comment on fait ?



Pendant des mois j’ai fait mes recherches. J’ai sélectionné une douzaine de maisons d’édition de poésie puis j’ai envoyé mon manuscrit. Tantôt par mail, tantôt relié par la poste. Un manuscrit tapé à l’ordi. Une cinquantaine de feuilles A4 parties pour Paris. Un morceau de mes entrailles dans la boîte aux lettres d’illustres inconnus. Drôle de processus.



Et après quelques interminables semaines, une réponse.

Dans ma boîte mail, une longue lettre. On a trouvé mon ouvrage brillant.



« Bonjour Madame Boudier,

Nous avons bien reçu votre manuscrit Aléatoirement poétique et l'avons lu avec attention.

Ce recueil, qui explore avec finesse une large palette de thèmes universels, de l'amour au deuil, tout en offrant des moments de contemplation sur l'art et la nature humaine, nous a beaucoup touchés. À travers des textes introspectifs et sensibles, vous réussissez à capturer des émotions qui résonnent profondément chez le lecteur, créant un espace de réflexion sur le temps, la mémoire et les liens qui nous unissent.

Votre poésie, tantôt contemplative, tantôt engagée, se distingue par un équilibre subtil entre la douceur des souvenirs et la gravité des épreuves. L'intimité des sentiments que vous décrivez, qu'il s'agisse de la perte ou de l'espoir, est portée par une écriture fluide et imagée, où chaque mot semble pesé avec soin. Les illustrations qui accompagnent vos textes ajoutent une dimension supplémentaire, renforçant cette immersion visuelle et poétique que vous souhaitez offrir à vos lecteurs.

Nous apprécions particulièrement la diversité des thèmes abordés, tels que l'amour sous toutes ses formes, l'engagement personnel et social, ainsi que la capacité de la poésie à transcender les émotions humaines. Vous réussissez à donner à ces sujets une voix singulière et authentique, tout en laissant de l'espace à la contemplation et à l'introspection.

C'est donc avec un vif enthousiasme que nous nous proposons de publier votre manuscrit. »




Mon coeur fait des bons. Quelqu’un a aimé mon livre et souhaite le publier. À la suite de ce mail je reçois un contrat par la poste. Des contrats comme celui-là j’en ai reçu par la suite quelque-uns. Et Dieu merci, je n’en ai signé aucun. C’est ici que l’histoire se désenchante. Parce que publier un livre, ça n’est pas un conte de fée.



Ce qu’il faut comprendre sur le monde de l’édition c’est qu’il existe deux types de Maison d’édition:

  • Les maisons d’édition à titre d’auteur

  • Les maisons d’édition à titre d’éditeur

Il existe aussi l’auto-édition ou l’auteur-ice se charge lui-même d’éditer le livre, ce qui est possible assez aisément de nos jours mais ça n’ai pas ce que je souhaitais. Je voulais collaborer, apprendre, être conseillée…



Les offres que j’avais reçues jusqu’ici étaient celles de maisons d’édition à titre d’auteur. C’est à dire que la maison d’édition ne s’engage pas à prendre le risque de publier votre livre sans financement en premier lieu. On m’as donc proposé d’acheter des impressions de mon livre pour commencer à le publier, ce qui est désavantageux et ce qui surtout, ne reflète pas le travail d’un éditeur.



Un éditeur, c’est quelqu’un qui va prendre un risque. Il sélectionne un ouvrage qu’il a aimé et il le publie sans demander un sous d’avance à l’auteur. Et c’est la ou une autre négociation a lieu, le pourcentage de droit d’auteur. Quand tu signe pour publier un livre en général ce qu’il se passe c’est que tu donne ton texte à la maison d’édition qui en deviens propriétaire et protectrice. Alors quand cette maison en fait la vente, il est convenu qu’elle verse à l’auteur-ice un pourcentage de ce revenu selon leur accord. Et il en va de même avec l’imprimeur, le distributeur etc…



Par exemple imaginons que tu achètes un livre à vingt euros. Il y a peut-être 4€ qui sont versés à l’imprimeur, 6€ au libraire, 4€ au diffuseur, 4€ à l’éditeur et seulement 2€ à l’auteur.



« Dans le détail des quatre grands postes de coûts, nous retrouvons : 

  • Les droits d’auteur : ils correspondent à environ 8 % du montant hors taxe (HT) du livre. Ils peuvent cependant descendre à 6 % dans certains domaines (jeunesse, pratique) et atteindre 12 %, selon le degré de notoriété de l’auteur. 

  • Les coûts de fabrication : ils représentent environ 10 à 15 % du prix HT du livre et comprennent tous les frais liés à l’achat du papier, l’impression, le façonnage du livre, etc. 

  • Les coûts de diffusion et de distribution : ils représentent entre 55 et 60 % du montant HT du livre. En moyenne, 30 à 40 % reviennent au libraire, et 15 à 20 % sont alloués à la diffusion-distribution. Cette dernière comprend la logistique (stocka et expédition des livres), mais aussi la partie commerciale (prospection auprès des libraires). 

  • Les frais généraux de l’éditeur : environ 20 % du prix HT du livre. Ces frais couvrent, entre autres, la correction et la relecture du texte, la promotion de l’ouvrage, les financements de salons, etc. Il s’agit de la part restante après déduction de tous les autres frais.

À tous ces frais doit être ajoutée une TVA à un taux réduit de 5,5%. Il est à noter que ce taux est ramené est ramené à 2,1 % en Corse, en Guadeloupe, en Martinique et sur l’Île de la Réunion. »

Librinova

Mais tout ce système là, je ne l’ai compris que plus tard.

Printemps 2025. Ça fait maintenant 1 an que mon ouvrage existe. Je commence à perdre espoir, à croire que le monde de l’édition est un monde de piston et que pour m’y faire une place il va falloir insister. Je suis dans le train pour Marseille. Je tombe sur une page Instagram, un appel à manuscrit sous forme de concours. On publiera les trois premiers. Une maison d’édition de poèmes comme les autres. Je rempli de formulaire sans trop y croire puis j’oublie presque l’avoir fait et continue de scroller.

Un mois plus tard, je reçois dans ma boîte un mail. J’ai remporté la médaille d’argent et on veut publier mon livre. Alors je me renseigne. C’est une maison d’édition jeune, dynamique, qui a pour projet de dépoussiérer le monde de l’édition et de la poésie. Quelques semaines plus tard je rencontre Eulalie au téléphone (qui deviendra mon éditrice). Elle m’explique tout leur fonctionnement. Je serai maître de mon ouvrage quoi qu’il arrive. Et surtout, je n’ai rien a dépensé. Je peux même choisir moi même mon pourcentage de droits d’auteur, une chance énorme. Bienvenue aux éditions Les Bonnes Feuilles.

S’en sont suivi des mois de collaboration pour trouver la meilleure mise en page, la couverture, le mode d’impression de plus adapté pour les illustrations… Tout ceci sous la bienveillance d’Eulalie et l’engrenage bien pensé de la maison. À l’automne je signe le premier contrat d’édition de ma vie. J’ai vingt et un an et je viens de publier mon premier livre.

Mais si tu crois que l’histoire se termine là tu te trompe ! Ah oui donc toi après  la conception, neuf mois de gestation, et le travail d’un accouchement, tu penses que voilà tout, fin du spectacle. Maintenant tu as un livre, et il va falloir s’en occuper.

J’ai d’abord orchestré une annonce sur les réseaux sociaux. Pendant un mois, j’ai publié les uns après les autres sept court-métrages illustrant mes poèmes. Avec Enzo Sabella, nous avons réalisé une narration en sept chapitres autour de mes textes, qui mène au poème final, du livre et de cette mini-série; « Aube » , comme l’annonce du début de cette nouvelle aventure en tant qu’autrice.


Il a ensuite fallu célébrer en famille cette nouvelle arrivée. J’ai donc organisé une release party à Obuntu Café à Saint Laurent du Var avec l’aide de Jeremy. Un moment privilégié ou j’ai pu prendre le temps de présenter l’ouvrage à ma famille et de faire de jolies dédicaces personnalisées.

Aujourd’hui il y a encore pleins de projets en cours autour d’Aléatoirement Poétique. Des festivals d’art, des séances de dédicaces, des salons du livre, des contrats en librairies, des nouvelles maisons d’édition… Tout ceci est donc un apprentissage en cours. Et je comte bien continuer de partager mes textes avec vous.

lien vers la page de vente d’Aléatoirement Poétique


écrit par Salomé BOUDIER

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